L’Olympe des Infortunes

L’Olympe des Infortunes par Yasmina Khadra

Plongez dans le monde des paumés, des clochards et des marginaux dans ce roman philosophique de Khadra. Décrire L’Olympe des Infortunes comme étant tout simplement un conte philosophique ne lui rend guère hommage ! C’est un conte, un récit, une œuvre attachante d’un niveau d’intellectuel extraordinaire. Simple mais complexe à la fois, cette histoire intrigante à de quoi faire réfléchir ses lecteurs.

L’Olympe des Infortunes prend place dans une décharge publique, un terrain vague où traînent les vagabonds, les clodos et les pauvres; bref ceux laissés pour compte par la société. Au travers du roman on découvre les malheurs et bonheurs de ceux que l’on aime à oublier. Les personnages survivent, en marge de la société urbaine, rejetant ses valeurs, leurs familles et surtout l’argent.  Ils  nous font découvrir la solidarité et la fraternité de manière touchante. Il y a tout d’abord Ach le Borgne, musicien-savant et son protégé Junior le Simplet, gentil et innocent. Il y a Mama, la vieille femme qui s’occupe à soigner Mimosa son compagnon soûlard,  Haroum le têtu et sourd, Bliss qui préfère la compagnie des chiens plutôt que celle des hommes, et le Pacha et sa bande…Entre chamailles, réconciliations, joies et peines, ils contrastent grandement la violence et l’individualisme de la société moderne et urbaine par leur union et leur générosité.

Tout allait pour le mieux dans ce monde, jusqu’au jour ou Ben Adam, l’homme éternel, débarqua sur le terrain vague, promettant aux Horr un avenir meilleur, une lueur d’espoir, une chance de se sauver de la déchéance dans laquelle ils dépérissaient. Ses paroles et ses prêches ont fait faire rêver plusieurs clodos dont Junior…En lisant ce livre, j’ai réalisé que L’Olympe des infortunes était un peu comme une grande métaphore qui dénonce la violence et la décadence de notre société individualiste. Cette métaphore s’applique au monde d’aujourd’hui. Un peu comme un miroir, ce roman renvoie à la figure un portrait qui peut s’avérer peu flatteur de nous, la société occidentale et individualiste. Les gens pauvres et démunis sont oubliés, privé de dignité humaine, alors que ceux qui on le pouvoir de faire changer les choses et d’aider ces gens leur tourne le dos et ne leur donne pas de chance.

Pour ce qui est des personnages, j’aurais voulu mieux les connaître, comprendre leur passé et les raisons qui les ont menées dans ce terrain vague. J’aurais voulu en savoir plus sur leurs anciennes vies, quels étaient leurs rêves, leurs ambitions et leurs secrets…

Reste la fin, dramatique, triste et déroutante. Je n’ai pas entièrement saisi le dilemme de l’histoire à vrai dire, et j’ai eu du mal à voir où l’auteur voulait en venir dans sa réflexion. Peut-être voulait-il nous faire comprendre que  notre société moderne, et la vie en ville n’est pas ce qu’il y a de plus désirable ? Que l’on ne peut échapper à son destin ? Que l’argent ne fait pas le bonheur ? Que nous sommes les victimes de nos actions et de notre personne?  Que l’on retourne toujours à nos racines ? Bref, roman à relire plus d’une fois, car il y a plusieurs niveaux de lectures, et il y cache des réponses et des leçons que l’on ne lui soupçonne pas à la première fois.

10 citations pertinentes de L’Olympes des Infortunes

« L’argent est la plus vilaine des vacheries. Quand tu le sers, il te dérobe les yeux ; et quand il te sert, il te confisque le cœur. Ce que tu gagnes d’une main, tu le gâches de l’autre. Ça t’appauvrit à ton insu, t’ampute de tes vrais potes et te greffe des profiteurs en guise de prothèses. Comme un sablier, il te vide pendant qu’il te rempli » (p. 45)

« N’est-ce pas lui qui chantait que la vie n’est qu’une épreuve absurde, qu’elle ne vaut guerre le détour et que c’est bien qu’elle ait une fin ; et que puisqu’on vient au monde contre son gré, autant le quitter sans regret ?» (p. 126)

« Alors, les méchant en profitent pour écrases les innocents, et les innocent, ils font pitié et personne ne compatit.» (p. 129)

«Si on refilait un sous à chaque  con sur terre, on ruinerait tous les empires du monde. » p. 130

« Depuis la nuit des temps, les gens s’entrebouffent copieusement. Ils savent rien faire d’autre. La paix n’est qu’une trêve pour eux et elle consiste à peaufiner les représailles, les coups fourrés, les guerres et le malheur […]» (p.130)

«Je déroulerais devant leurs yeux l’histoire de l’humanité pour qu’ils s’aperçoivent à quel point leur délire dépasse l’entendement : que de guerres et de misères, que de larmes et de sang […] comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que se bousiller allégrement à chaque bout de génération.» (p. 132)

«La guerre n’a jamais apporté quelque chose de bon, fait-il à l’adresse d’un Négus médusé. Elle n’a qu’une seule ambition, nous dépeupler…t’entendre la réclamer à cor et à cri, comme une bénédiction, me scandalise.» (p. 141)

«Le seul pouvoir qui mérite d’être considéré comme tel est celui que l’on acquiert par la force, déclare-t-il. […] Mais quand tu prends par la force la souveraineté, personne ne vient te casser les pieds. T’es un dictateur à part entière, et tu fais la pluie et le beau temps selon ton bon vouloir. S’il y a des rechignards, tu les expédies au trou jusqu’à ce qu’ils deviennent cinglés, ou tu les écartèles sur la place à titre d’exemple.» (p. 139)

«C’est alors que j’ai compris : la gloire n’est que la preuve que nous restons les otages de nos vanités. Nous dévastons les quiétudes en croyant bâtir des légendes. Nous tombons bas tandis que nous pensons supplanter nos angoisses.» (p. 143)

«Je vous dirai comment remonter la pente, comment vous défaire de cette camisole qui vous retient captifs de la déchéance et du mépris de votre propre personne. Aucun homme n’a le droit de tourner le dos au monde. Son devoir est de faire face à l’adversité, de lui survivre car le sacrifice suprême n’est pas d’offrir sa vie, mais de l’aimer malgré tout.» (p. 149)

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